30 novembre 2025
Journaliste devenu directeur de la rédaction de Nice Matin-Var Matin, Dominique Dabin est aujourd'hui retraité et président d'honneur du Club de la Presse 83. Ses relations avec le milieu de la presse sont quasi-quotidiennes et son regard reste affûté sur le métier, les médias et une société en pleine mutation.
Dominique Dabin, quel jugement portez-vous aujourd’hui sur le journalisme de proximité ?
Le journalisme local a explosé avec l'émergence, dès 1944, d’une presse régionale libre et indépendante issue de la clandestinité. Elle avait surtout des idéaux et une déontologie alors que la presse nationale s’effritait. Dans les années 80, cet âge d’or s’est interrompu : des barons sont morts, d’autres ont passé la main. Et la presse quotidienne régionale, qui avait besoin de se moderniser, s’est vendue à des groupes d’actionnaires. Depuis 97 et la fusion Le Provençal-Le Méridional, la presse de notre région est passée aux mains de Hachette, Hersant, Tapie… et aujourd’hui Niel et Saadé. Elle y a perdu ses idéaux et son lustre. Moins de moyens, moins de journalistes, moins de proximité, la presse traditionnelle a laissé le faits divers du bout de la rue aux Tintins postant photos et pseudo-enquêtes sur les réseaux. Ils font du buzz et du clic quand les “tradis” jouent la voix de son maire.
C’est-à-dire ?
Il ne faut pas lapider les journalistes mais juste comprendre qu’ils ne peuvent être déontologiquement et professionnellement indépendants que si leur média l’est aussi, politiquement et économiquement. Ce n’est plus le cas. Et comme les collectivités tiennent 30 % des recettes publicitaires, suivez mon regard… A ce petit jeu de « Tu me tiens, je te tiens par la barbichette », les médias ont laissé leur crédibilité. Ce qui était vrai hier, parce que c’était dans le journal, est devenu faux aujourd’hui… Si l’on ajoute le contexte électoral favorisant les sites et blogs de propagande, d’influence et de fake news, on mesure la difficulté de la tâche des journalistes de terrain. Il y a une sortie par le haut : indépendance du média, liberté d’expression du journaliste et qualité du contenu, ce qui exclut des articles lobotomisés par l’IA.
L’affaire récente concernant la plainte de la députée varoise du RN, Laure Lavalette, et le départ du directeur de la rédaction de Nice-Matin a marqué les esprits. Quelle lecture faites-vous de cet épisode ?
L’affaire du lieu de résidence de Laure Lavalette dévoilé par la presse, a surchauffé les esprits. La députée est dans son rôle en réagissant dans une région sensibilisée aux menaces qui pèsent sur les élus(e)s depuis l’affaire Yann Piat. Mais il est évident que le média a allumé une étincelle qui n’avait pas lieu d’être. On en revient à la qualité du contenu qui doit être irréprochable.

Dominique Dabin lors de l'anniversaire des dix ans de l’attentat contre Charlie Hebdo, organisé par le Club de la Presse 83 en janvier 2025, un hommage aux victimes, devant le théâtre Liberté à Toulon. ©varinfos
Selon vous, cet événement illustre-t-il une fragilisation de la liberté de la presse à l’échelle locale ?
Vous savez j’ai eu affaire, entre autres menaces, à un parlementaire mécontent qui est allé demander ma tête à Lagardère, mais aujourd’hui le mur entre les salles de rédaction et les groupes d’influence est tombé. Et il y a d’autant moins d’indépendance éditoriale que certains journalistes du microcosme, des pseudo-élites, sont plus friands des dîners en ville que des enquêtes dans le froid de la nuit. On ne peut être exigeant avec les autres que si on l’est d’abord avec soi-même.
La concentration des médias entre les mains de quelques puissants est-elle influente ?
La concentration nuit à la qualité alors que la concurrence est synonyme d‘émulation et de stimulation. Le premier travail du bon journaliste est de lire ses confrères. Aujourd’hui, il n’y a plus de confrères alors tous se regardent le nombril. Mais s’il n’y a plus de concurrence c’est que tous les médias sans exception sont à la recherche d’un modèle économique viable au-delà d’un an. “Trouvez-moi la clé pour rendre obligatoire l’achat du journal” m’a dit, un jour, un patron de presse. Je cherche toujours. Et lui aussi…
Les réseaux sociaux et la communication politique directe contournent souvent les journalistes…
En presse écrite, les journalistes ne sont pas contournés. Ils sont précédés. Mon premier rédacteur en chef me disait toujours qu’on se devait d’être devant et avant. Mais les nouvelles technologies ont tout fait exploser. Le lecteur est passé devant. Le journal écrit doit aller au fond, commenter, expliquer, analyser. C’est là que le journaliste peut être médiateur. Mais est-ce vraiment son rôle ? Le site doit être un fil continu d’infos. Des groupes, le Guardian par exemple, sont déjà très performants. Malheureusement, le coût du papier, de l’impression, des transports, Malheureusement, le coût du papier, de l’impression, des transports, des points de vente va continuer de faire bouger les lignes de la presse écrite
Conrad EBERHAERD


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