Rolland Courbis, Toulon au cœur !


06 février 2026

Monaco, Marseille, Bordeaux… mais aussi et surtout Toulon. Tous les supporters azur et or n’ont pas oublié Rolland Courbis, venu finir sa carrière de joueur au Sporting Club de Toulon avant d’y commencer son parcours d’entraîneur. Yves Mérens, ex-journaliste à Var Matin, a suivi les heures de gloire du Sporting Club de Toulon dans les années 80/90. Il a très gentiment accepté d’évoquer le souvenir de ce sacré personnage, disparu le lundi 12 janvier à l’âge de 72 ans et dont il était proche. Très chagriné, il nous livre cette lettre-hommage que nous avons décidé de publier in-extenso. 

De gauche à droite debout  Yves Mérens, Armand Fabien, Luigi Alfano, Jean-Roch Testa et Délio Onnis autour de Rolland Courbis. Août 2025 au Mourillon.jpeg (504 KB)

Légende photo : De gauche à droite debout - Yves Mérens, Armand Fabien, Luigi Alfano, Jean-Roch Testa et Delio Onnis autour de Rolland Courbis. C’était en Août 2025 au Mourillon

Rolland Courbis est parti. Il a tiré sa révérence sans dire un mot, laissant le monde du football et des médias dans un chagrin et une peine que personne ne pouvait imaginer. La peur du vide qu’il lègue est d’une brutalité sans nom. Le vertige total. Une déchirure, un choc dont il est difficile et compliqué de se remettre. Une nouvelle à peine croyable tant on pensait le bonhomme indestructible. « C’était le sud » a titré La Provence en s’inspirant peut-être de Nino Ferrer. C’était le sud et bien plus que ça, tant le personnage a occupé une place importante dans le football français et dans la vie en général. 

 

“Méditerranée, soleil, pastis… mais aussi fidélité et authenticité”

Il a tapé dans ses premiers ballons du côté de Marseille avant de partir (contraint et forcé) à Ajaccio dans un échange avec Marius Trésor. Il a aussi connu Monaco avant de terminer sa carrière de joueur à Toulon. De faire monter le Sporting crampons aux pieds ! Avec Bérenguier, Alfano et Boissier, pour établir un record défensif (17 buts encaissés en une saison) qui ne sera probablement jamais battu. Le point commun dans cette aventure, la Méditerranée, le soleil, le pastis, la pêche, l’amitié, l’accent, l’exagération. L’authenticité, la fidélité, la joie de vivre. 

 

“Rolland avec deux “L” pour voler plus haut”

Il a donc découvert le football à l’époque de l’OM de Mario Zatelli, de Skoblar, Magnusson, Bosquier, Zvunka, Bonnel, Loubet et tant d’autres. Le petit dernier s’appelait Rolland Courbis. Rolland avec deux “L” pour voler plus haut, dira son père à l’employé d’état civil médusé, le jour de sa naissance ! Marseillais moi-même et de la même génération, quelques années plus tard, après avoir suivi sa carrière en Corse, en Grèce (papiers obtenus grâce à un faux grand-père grec !), à Sochaux, à Monaco, le journaliste que j’étais devenu a croisé sa route du côté de Toulon et du Sporting. Le destin a bien fait les choses. La rencontre a été un immense bonheur. Dans un livre « Pourquoi mentir ? » écrit ensemble, on racontera plus tard quelques-uns des souvenirs de cette épopée. 

“Il n’était pas destiné à devenir entraîneur”

A l’heure où les premiers entraîneurs fermaient déjà leur vestiaire à double tour, lui naturellement ne fonctionnait pas de cette manière. Il était dans la confidence, dans le partage, dans l’échange. La confiance et la passion ont fait le reste. Rolland Courbis était un caractère. Un amoureux du détail. Un curieux de tout. Il voulait tout savoir pour trouver les meilleures réponses à tous les problèmes posés. Il avait une soif de découverte énorme comme s’il voulait rattraper le temps perdu à l’école. « L’école, dira un jour joliment Gérard Gili, un complice de sa carrière, il y est plus souvent passé devant que rentré ! » Mais l’intelligence ne s’achète pas et Rolland en avait à revendre. Il n’était pas non plus destiné à être entraîneur. Directeur sportif, manager général, il avait commencé de cette façon. En costume-cravate, pas en survêtement avec un sifflet à la bouche. Sauf que le Sporting fin des années 80 qu’il avait fait monter aux forceps, tremblait sur ses bases bien peu solides, résultats en berne, menace de descente au menu. La qualité des joueurs était là mais il manquait une âme, un liant, un dénominateur commun à cette équipe. Le président Alain Asse a su trouver les mots : « Rolland, rends-moi, rends-nous ce service : si je prends un autre entraîneur en pleine saison, on va perdre beaucoup de temps. Toi tu les connais tous et ils vont te suivre ! » Voilà comment l’aventure a commencé. Quelques mots qui ont touché son cœur. Qui ont éveillé une vocation. Qui ont façonné une histoire incroyable et d’une originalité folle. 

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Roland Courbis en haut à gauche 

“Le Sporting pleure son Rolland”

Presque quarante plus tard, à Marseille, devant le cercueil, Alain Asse était toujours là, bouleversé et dévasté. A ses côtés, Delio Onnis, Bernard Pardo, François Zahoui, Jean-Louis Bérenguier, Luigi Alfano, Pascal Olmeta, Gérard Bernardet, Pascal Dupraz, Jean-Pierre Chaussin, Frédéric Pons, Yves Mangione, Didier Grosso, Martin N’Kouka, Frédéric Brando, Patrick Revelles, Alex Di Mascio, Franck Borrelli (représentant le regretté Luc) portaient la flamme d’une amitié indéfectible. Jean-Roch avait quitté son Saint-Tropez comme une évidence et un devoir de mémoire. D’autres nombreux comme Bernard Casoni, Bernard et Laurent Boissier, Alain Bénédet avaient envoyé des messages plus que touchants. Le Sporting pleurait son Rolland ! L’homme avait fait des miracles pendant plusieurs saisons. Fait rêver des petits Toulonnais qui ne connaissaient que le rugby et le RCT, la boxe avec Ruocco et Gomis. Mayol vibrait aussi autour du ballon rond. Rolland Courbis et Daniel Herrero cultivaient une belle amitié. Toulon existait sur la carte sportive de la France. Des confrères de la presse nationale « descendaient » régulièrement sur la rade. « Quand on est en panne d’idées pour faire un papier, on sait que là-bas avec ces deux personnages, il y aura toujours quelque chose à écrire ! » Ils n’ont jamais été déçus ! 

 

“Le don de la parole, de la mise en scène… et l’art de savoir motiver ses troupes”

Chaque année, Courbis a amélioré l’équipe. Mendy, Casoni, Pardo, Ricort, Marsiglia, Vernet, Paganelli, Ginola, Henry, Pons, Germain, Dupraz, Fargeon, Debotté, Anziani, Couriol, Bernardet, Marquet, Meyrieu, Kombouaré, Espanol… Des jeunes comme Revelles, Collot, Carvalho, le public adhérait. Et les étrangers : Bell, Songo’o, Ramos, Dominguez, Bosz, Lammers, Bognar, Bursac etc… et pour terminer Léonardo Rodriguez un prince argentin, fils de Diégo ! Mayol n’était pas ou plus un endroit tranquille pour les stars de l’époque. L’OM, Bordeaux, Monaco, Nantes, Paris savaient où ils mettaient les pieds. Et l’ambiance dans le tunnel allant des vestiaires à la pelouse avait quelque chose d’irréel et de pas très confortable pour les visiteurs !!! Courbis cultivait cette générosité (!) avec sa malice et sa faconde. Il avait le don de la parole et de la mise en scène. Il avait aussi et surtout celui de savoir motiver ses troupes. Ses causeries, ses préparations de matches, ses punchlines comme on dit aujourd’hui ? Des morceaux d’anthologie. « En l’écoutant, j’avais l’impression qu’on était champions du monde et que les mecs d’en face étaient des amateurs , dira un jour Laurent Paganelli. J’étais tellement stupéfait par ses expressions que j’ai enregistré quelques-uns de ces moments pour les faire écouter à des proches ! » Vincent Duluc, plume de L’Equipe et témoin privilégié, écrivait récemment. « Je me souviens d’une soirée avec Rolland et Yves dans les années 80-90 pendant un Roland-Garros que l’on couvrait pour nos journaux respectifs. Le coach parlait du jeu de façon passionnante. De la vie, de façon assez dingue. Du foot à Toulon avec une drôlerie folle. » Voilà c’était Rolland parfaitement résumé. 

 

“De sa cellule, il faisait passer des consignes stratégiques à l'équipe” 

Après, il fallait faire vivre ce système. Les budgets dérapaient. Les salaires s’envolaient. Toulon n’avait plus les armes pour lutter, pour exister, pour se défendre. « On a regardé, on a réfléchi, on a analysé la situation. On a écouté et on n’a rien inventé. Mais aujourd’hui encore, j’ai du mal à faire la différence entre astuce et irrégularité ! » confiera-t-il jusqu’à son dernier souffle. La justice, elle, a tranché. Pas de sentiment. Pas de complaisance. Courbis a assumé jusqu’au bout. Garde à vue, 99 jours de prison. Il a préparé tactiquement son procès comme s’il allait jouer un match décisif. Il n’a pas cherché d’excuses. Il n’a pas rejeté ou partagé la faute. De sa cellule, il a aussi fait passer des consignes par avocat interposé pour définir les grandes lignes des matches de son Sporting. Délio Onnis, Bernard Simondi, Guy David, ses adjoints, ont tout mis en musique. Les résultats ont suivi, le Sporting a sauvé sa peau en D1. Avant la fin de la saison, en plein hiver, Rolland Courbis a été libéré. Devant le porte de la prison de Luynes, il y avait toute l’équipe, tout le staff et quelques observateurs et amis. Beaucoup étaient encore devant le cercueil à l’église des Réformés à Marseille. 

 

Courbis a refermé le livre Toulon. Il a poursuivi sa carrière dans d’autres clubs avant de devenir un consultant radio et télé reconnu. Toulon est resté encore un (maigre) temps en première division avant d’être rétrogradé. Depuis, plus rien. Le néant. Le football professionnel a été rayé de la carte. Rolland Courbis n’a jamais oublié ni Toulon, ni le club azur et or mais n’a jamais voulu y revenir sauf pour partager des moments d’amitié dans le coin. Un pastis, un poisson, des pieds paquets, une pizza… 

                                                                                                      

                                                                                                             Yves Mérens