01 juin 2026
Vice-président de la Région Sud-Provence-Alpes-Côte d’Azur, Jean-Pierre Colin ne manie pas la langue de bois lorsqu’il parle de l’actualité politique. Avec sa personnalité impétueuse mais un franc-parler très réfléchi, il évoque les élections municipales seynoises, la Région où la succession de Renaud Muselier est ouverte, la situation de la droite républicaine dans le Var et ne cache pas son intention de se présenter aux sénatoriales. Interview exclusive pour Var Infos.

(à g) Jean-Pierre Colin, aux cotés du président de la Région, Renaud Muselier,
Var Infos : Jean-Pierre Colin, le président de la Région, Renaud Muselier, va briguer un poste de sénateur. Comment voyez-vous se dessiner la bataille pour sa succession ?
La bataille se jouera après les élections présidentielles et elles auront bien sûr des conséquences importantes sur le scrutin régional comme sur le scrutin départemental de 2028. Ce que nous constatons très clairement, c’est l’attractivité qu’exerce le nouveau parti d’Eric Ciotti sur le parti Les Républicains dans notre région. En effet, les élus LR, qui ont perdu 80 % de leurs électeurs, lui courent derrière pour ne pas disparaître. En fait, l’UDR est “le Pôle emploi des LR en fin de droits”.. Deux vice-présidents du département du Var y ont déjà cédé : Guillaume Decard à Puget-sur-Argens et Valérie Rialland au Pradet. Tous deux binômes du Président du Conseil Départemental et de la sénatrice sortante… et cela sans jamais être sanctionnés par leur formation politique.
“Municipales à la Seyne-sur-mer, j’ai voulu sortir par le haut de ce bourbier”
Var Infos : L’actualité politique récente était les élections municipales. Quel regard portez-vous sur cette séquence politique seynoise dont vous vous êtes retiré et qui a vu le candidat du Rassemblement National s’imposer ?
Je ressens beaucoup de colère car elle a montré que l’irresponsabilité de Monsieur Minetti, maire sortant, incapable de s’allier, et celle de Monsieur Mansour ont amené à un naufrage de la droite républicaine. Ce naufrage avait d’ailleurs commencé il y a plusieurs années avec les méfaits de Madame Bicais, maire à l’époque, et aujourd’hui définitivement condamnée à de la prison et à de l’inéligibilité. Tout le monde comprend mieux aujourd’hui pourquoi j’ai voulu sortir par le haut de ce bourbier en me retirant de cette élection suicidaire.
“Pas d’ambiguïté, ni porosité avec le RN”
Var Infos : Plus largement, votre analyse de ces municipales dans le Var ?
Les élections municipales varoises ont montré que, lorsqu’on était clair sur sa ligne politique, sans ambiguïté, ni porosité avec le Rassemblement National, les électeurs nous font confiance. Ça a été le cas dans les grandes villes comme Toulon, Hyères ou Draguignan.
(à d) Jean-Pierre Colin et le président de la CCIV
Var Infos : Cette expérience municipale seynoise a-t-elle affecté votre engagement politique personnel ?
Mon engagement politique est clair et réfléchi depuis toujours :
- Non aux extrêmes (ni LFI, ni RN), sans aucune porosité.
- Oui à la décentralisation et au pouvoir des territoires, qui gèrent mieux que l’État centralisateur et dépensier.
- Oui à l’Europe qui protège davantage sur le plan militaire contre la Russie, et sur le plan commercial contre la Chine, deux dictatures qui ne supportent pas la liberté individuelle dont nous jouissons sur le vieux continent.
- Oui à une économie libérée des contraintes normatives toujours plus grandes.
- Oui au respect par tous les Français de l’art de vivre à la française, fait de nos traditions comme de notre ouverture aux autres.
Var Infos : Avez-vous traversé une période de doute ou, au contraire, cela a-t-il renforcé certaines de vos convictions ?
Le doute est une situation désagréable, mais l’assurance est une situation ridicule. Il faut savoir douter avant de décider. C’est la sagesse et l’expérience qui me le font dire ! Seuls ceux qui passent leur vie dans l’opposition ne doutent jamais. En même temps, ils ne décident de rien.
“L’avenir politique du Var passe par une entente entre une femme et trois hommes”
Var Infos : Votre sentiment sur cette droite départementale fragmentée ?
Le bloc central a vraiment intérêt à s’entendre s’il veut survivre. Dans le Var, il n’y a plus un seul patron qui autrefois dirigeait le département de manière féodale… Il y a aujourd’hui trois hommes et une femme qui doivent s’entendre : José Massi, François de Canson, Jean-Louis Masson et Didier Brémond. Ce sont eux qui ont les clés du succès. Chaque élection est différente et chaque élection demande une stratégie.
Var Infos : A la Région Sud, vous êtes en charge des finances et des partenariats de coopération. Dans un contexte international particulièrement tendu, quel rôle la collectivité régionale peut-elle jouer dans ce domaine ?
Nous agissons en lien systématique avec le Ministère des Affaires étrangères sur des sujets importants, comme la francophonie, les sujets économiques et parfois humanitaires, en particulier avec les pays qui nous apportent de la réciprocité. C’est le cas, par exemple, du Maroc, du Liban et d’Israël pour le sud de la Méditerranée, mais aussi de l’Arménie et, en général, des chrétiens d’Orient qui sont en grande souffrance. Nous travaillons ensemble sur des sujets comme les ressources en eau, les ports propres, le zéro plastique en Méditerranée, l’hydrogène vert. Bien entendu, des pays comme l’Espagne et l’Italie sont nos principaux alliés dans cette démarche.
“Je peux être un des quatre représentants varois au Sénat”
Var Infos : Êtes-vous aujourd’hui prêt à mener de nouveaux combats électoraux ?
La politique prend du temps, et je suis très admiratif des maires qui se donnent corps et âme pour leur territoire. Pour ma part, après plus de 15 ans de mandat local, je pense que je peux être un des quatre représentants du Var au Sénat de la République, tout en gardant un ancrage local à la région. Concernant ma vie professionnelle, après plus de 43 ans d’activité, je suis en train d’organiser ma succession familiale dans mon entreprise, pour pouvoir me consacrer pendant quelques années à mon territoire varois.
Var Infos : Qu’est-ce qui vous motive encore à faire de la politique ?
Quand on a eu la chance de pouvoir travailler toute sa vie dans un aussi beau département, tout en élevant ses enfants, je crois qu’il faut savoir redonner un peu ce qu’on a reçu de la providence. Je le fais sur des sujets comme les violences intrafamiliales ou encore sur la fracture numérique qui touche certains d’entre nous en grande difficulté financière. Faire de la politique, c’est aimer son prochain. C’est une conviction très ancrée chez moi, comme dans ma famille en règle générale. Le don de soi ne doit pas être un vain mot.




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