Trésorerie en tension : comment les entreprises locales peuvent éviter le décrochage ?

Dans la rubrique ÉCO D’ICI, notre expert-comptable Bruno Dartiguenave (pdt du Groupe BDCA) revient, en ce mois de février, sur une préoccupation majeure des entreprises du territoire : la trésorerie. Signaux d’alerte, causes fréquentes et leviers concrets pour agir avant qu’il ne soit trop tard, il livre ses conseils pour anticiper les difficultés et sécuriser durablement l’activité.

 

Bruno Dartiguenave © Conrad Eberhaerd

Le manque de trésorerie est aujourd’hui une inquiétude majeure pour de nombreuses entreprises locales. Quels sont, selon vous, les premiers signaux d’alerte à ne pas ignorer ?

 

Les difficultés de trésorerie ne surviennent jamais brutalement. Elles s’installent progressivement, à travers des signaux faibles qu’il ne faut surtout pas banaliser.

Les plus fréquents sont des retards de paiement récurrents, le recours de plus en plus fréquent au découvert bancaire, ou une trésorerie qui devient durablement négative.
D’autres alertes importantes concernent la difficulté à régler les charges sociales ou fiscales à échéance, ou encore une perte de visibilité sur la situation financière à court terme.

Dès lors que le dirigeant commence à gérer « au jour le jour », il est essentiel de réagir rapidement.

Quelles sont les causes les plus fréquentes des tensions de trésorerie que vous observez chez les entreprises du territoire ?

 

Les tensions de trésorerie sont généralement le résultat de plusieurs facteurs combinés.

La conjoncture économique, marquée par une hausse des coûts et une activité parfois en recul, pèse fortement sur les marges. Ces dernières années les TPE/PME ont traversés des crises majeures (crise de la COVID 19, crise de l’inflation et crise politique).


Les retards de paiement clients restent également une cause majeure, notamment pour les TPE et PME. À cela s’ajoutent des charges fixes inadaptées au niveau d’activité, une croissance mal financée ou encore l’absence de suivi financier régulier.

Dans nos activités de conseil et notamment dans le groupe BDCA, ce sont souvent les retards de paiements des clients qui créent les difficultés de trésorerie.

Avant d’en arriver à une procédure collective, quels leviers concrets les dirigeants peuvent-ils actionner pour redresser leur trésorerie ?

 

Avant d’envisager une procédure collective, les dirigeants disposent encore de véritables leviers d’action. Sur le plan opérationnel, il est possible d’améliorer les encaissements clients, de renégocier les délais fournisseurs, de réduire certaines charges ou d’optimiser le besoin en fonds de roulement. Pour les entreprises à fort BFR (besoin en fonds de roulement) la mobilisation de créance (Bordereau DAILLY, Factor) est une vraie solution bien que parfois onéreuse (à comparer au coût d’un découvert).

 
Il existe également des dispositifs de prévention juridique, comme le mandat ad hoc. Il s’agit d’une procédure amiable, confidentielle et volontaire, accessible tant que l’entreprise n’est pas en cessation des paiements. Le mandataire ad hoc accompagne le dirigeant dans la négociation avec ses créanciers afin de trouver des solutions adaptées (échéanciers) et éviter une procédure collective.

Beaucoup de chefs d’entreprise hésitent à se faire accompagner. À quel moment est-il crucial de consulter son expert-comptable ou un autre professionnel ?

Le bon moment, c’est le plus tôt possible et je dirai même à l’origine de l’activité développée par la société. Dès que la trésorerie devient tendue de manière récurrente, que la rentabilité se dégrade ou que la visibilité financière disparaît, il est essentiel de se faire accompagner.
L’expert-comptable joue un rôle clé de conseil et d’anticipation, bien au-delà de la simple production des comptes.

Quels conseils donneriez-vous aux entrepreneurs pour anticiper ces difficultés et sécuriser durablement leur activité ?

La production de budget comptable, de situations comptables, de tableaux de bords et des budgets de trésorerie sont autant d’éléments utiles au président pour piloter sa trésorerie. L’idée étant de toujours anticiper afin de ne pas subir. L’anticipation permet d’engager des négociations sereines avec les banquiers qui n’aiment pas se retrouver au pied du mur. Il faut engager un dialogue avec tous les partenaires et notamment son expert-comptable. Dans les difficultés rencontrées souvent les dirigeants ont tendance à se refermer sur eux même alors qu’en période de crise une issue positive dépend aussi d’un haut niveau de communication.