Michel-Ange Flori, l’afficheur qui dérange
De Toulon d’adoption aux panneaux qui font trembler : portrait d’un entrepreneur devenu satiriste urbain.
Il n’avait rien prémédité. Arrivé à Toulon à la fin de son service militaire, habillé en bleu « comme un ouvrier », Michel-Ange Flori commence sa vie professionnelle… au marteau-piqueur. Puis dans une cuisine de la basse-ville, chez un ancien voyou toulonnais. En panne d’essence, fauché, cherchant une issue, il pousse un jour la porte d’un conseiller à France Travail (anciennement l’ANPE). On lui tends alors la phrase qui va changer son destin :
« Va à l’Affichage Toulonnais, c’est un métier fini, mais ça pourra te dépanner quelques mois. »
Quelques minutes plus tard, le futur afficheur comprend l’essence de son futur métier : il ne sera pas payé par ceux chez qui il installe des panneaux… c’est lui qui les indemnisera. « La pièce est devenue toute blanche », confie-t-il aujourd’hui. Il vient d’entrer dans ce qui deviendra son univers professionnel.
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L’aventure Maci, cédée mais toujours pilotée
L’activité se développe. Les panneaux d’affichages se multiplient — quelques centaines au total — avant d’être vendus en 2016 à un géant du secteur, qui a souhaité maintenir Michel-Ange Flori en poste à la direction d’exploitation :
« Ils veulent le résultat, nous faisons le travail. Ils ne discutent pas nos factures. »
Une forme de continuité dans le changement, qui leur permet de poursuivre leurs campagnes… et leurs coups de gueule.
Deux panneaux pour porte-voix
Car Michel-Ange Flori ne se contente pas d’afficher pour les clients. Il s’affiche. Deux panneaux, bien choisis, servent de tribunes personnelles.
L’origine ? Une vieille habitude : « À l’école, j’étais toujours celui qui ouvrait les portes, qui menait la bande. »
Très vite, son goût du trait et de l’ironie prend forme.
Les Toulonnais se souviennent d’une satire visant l’ancien maire de Saint-Mandrier en 1995 ou encore de l’affiche choc réclamant la peine de mort pour les terroristes après le Bataclan, qui le propulse dans la lumière.
Provocateur, citoyen ou simple observateur ?
Michel-Ange Flori se dit trublion par nature, pas par stratégie. Il s’inscrit dans l’actualité selon son instinct : gilets jaunes, Covid, corruption, gouvernance, excès de pouvoir… « Je provoque parce que ça me plaît. J’ai un avis, j’interpelle. »
Il revendique la liberté d’expression comme colonne vertébrale : « C’est la première des libertés. Sans elle, les autres n’existent plus. »
Une liberté qu’il estime aujourd’hui menacée, citant sa relaxe obtenue… en Cour de cassation, après deux condamnations en première et seconde instance.
Procès, intimidation et coût personnel
Ses affiches dérangent — et parfois, elles coûtent cher, procédures, avocats, audiences… « Ce sont des coups de gueule qui coûtent », reconnaît-il.
Actuellement, il fait face à une nouvelle attaque du CRIF et de la LICRA, des accusations qu’il juge infondées : « Ceux qui me connaissent savent que je ne suis ni raciste ni antisémite. »
Un rôle politique ? Artistique ? Citoyen ?
« C’est un mélange de tout », répond-il. Une forme de citoyenneté active, de satire, d’expression publique.
Mais jamais adossée à un parti : « Je n’ai jamais dit pour qui je vote. Mes orientations ne déterminent pas mes caricatures. »
Avec les collectivités locales, le lien est… nul : « On croit que je suis bien avec les élus parce que j’ai des panneaux. Pas du tout. Tout ce que j’ai obtenu, je l’ai décroché au sabre. »
Lorsqu’il caricature Hubert Falco, l’affiche fait réagir, mais l’ancien maire ne le poursuit pas. « Il est beau joueur », estime Flori.
Les commentaires sur les réseaux ? Majoritairement favorables : « Les gens se disent : même ça, il ose le faire. »
La machine créative : instantanée, instinctive
Aucun planning, aucun agenda, il réagit à l’actualité : « J’essaye de respecter des équilibres. Même si je pousse loin. »
Une notoriété qui attire les clients
Paradoxalement, ses coups d’éclat ne nuisent pas à l’entreprise Maci.
Ils attirent : « Les clients nous disent : avec deux affiches, vous faites le tour du monde. On voudrait la même campagne ! »
« Quand on veut, on peut »
Que souhaite-t-il que le public retienne ? « Que quand on veut, on peut. J’ai tenu un marteau-piqueur, j’étais un pauvre. Aujourd’hui, j’ai un média, j’interpelle. Je dérange. Je vis. »
Conclusion
Provocateur assumé, afficheur engagé, entrepreneur atypique, Michel-Ange Flori est devenu, au fil des décennies, une voix singulière du paysage toulonnais. Une voix brute, directe, imparfaite parfois, mais fondamentalement vivante.
Une voix qui, selon ses mots, « n’a pas de plan B ».
Le tribunal correctionnel de Toulon a ainsi condamné, ce mercredi 3 décembre, l’afficheur varois Michel-Ange Flori à 10.000 euros d’amende pour une affiche jugée antisémite, représentant un missile coiffé de la tête d’un rabbin.