Varois, comédien dès l’adolescence, producteur, programmateur puis directeur de théâtre, Jérôme Leleu a construit sa vie autour du spectacle vivant. Après quatre années passées à Aubagne, il dirige désormais la Comédie Odéon à Lyon. Pour Var Infos, il raconte son parcours, son attachement au Var et cette passion intacte pour l’humain.
Jérôme Leleu, vous êtes à Lyon mais vous avez construit une grande partie de votre carrière dans le Var, de Fantaisie Prod au Théâtre Galli en passant par Daudet à Six-Fours…
J’ai vraiment démarré ici. Mes premiers pas sur scène étaient au Théâtre Galli comme comédien. J’avais 14 ans lorsque j’ai touché mes premiers cachets, avec déjà cette envie d’en faire mon métier. J’ai été comédien pendant une grosse quinzaine d’années. À l’époque, je trouvais qu’il y avait une pénurie de lieux et d’activités théâtrales à Toulon. La ville était un peu en dehors des tournées et je pensais qu’il y avait quelque chose à construire. Avec une équipe et beaucoup d’énergie, nous avons créé des festivals, dirigé et programmé des lieux, accompagné des carrières d’artistes. Aujourd’hui, je suis heureux de voir certains d’entre eux au Zénith, au Galli ou ailleurs. En fait, le Var m’a inspiré. J’ai eu envie de rendre un peu de ce bonheur, en construisant des choses ici.
“Lyon est un challenge”
Le Var puis quatre années à Aubagne, et direction la Comédie Odéon à Lyon. Pourquoi ce nouveau défi ?
J’aime les challenges. Je crois même que j’ai la phobie de m’ennuyer ! (rires) Aubagne m’a permis de découvrir le fonctionnement d’un théâtre public avec trois salles, onze personnes et des esthétiques très différentes : théâtre, danse, cirque, chanson, jazz, hip-hop… J’y ai aussi découvert ce que j’appelle le contrat moral entre ceux qui vous font confiance, le public, et celui qui dirige le lieu. Il faut proposer les plus belles œuvres possibles et ne jamais perdre ce fil avec les gens. Lyon est aujourd’hui un nouveau challenge. La Comédie Odéon est une salle de 300 places qui propose près de 400 représentations par an. C’est une belle machine, mais qui doit rester profondément humaine.
Jérôme Leuleu au TCO_lancement_saison_26-27_©paul.bourdrel
“Donner du sens et créer du lien humain”
Quelle dynamique souhaitez-vous insuffler à ce théâtre ?
C’est un lieu historique qui date de 1907 et qui possède déjà une empreinte très forte. Ce que je veux, c’est donner du sens à tout ce que nous faisons, créer du lien entre les œuvres et donner une véritable orientation à chaque saison. Cette année, notre fil conducteur est le génie humain. On peut passer d’Alan Turing à Gustave Eiffel, de Pagnol et Raimu à Barbara ou Nougaro. Des univers très différents, mais avec lesquels on peut créer du lien. Je veux aussi que le théâtre soit un véritable lieu de vie, où l’on vient voir un spectacle, boire un verre, échanger et se rencontrer.
“Un théâtre, c’est une maison”
Face aux écrans et à l’intelligence artificielle, qu’est-ce qui donne encore envie au public de venir au théâtre ?
Il y a une chose que les écrans et l’intelligence artificielle ne remplaceront pas : le lien humain. Le spectacle vivant, c’est la communion entre un artiste et son public. C’est aussi le lien entre un directeur de salle, les spectateurs, les artistes et les producteurs. J’ai été comédien, producteur, promoteur, tourneur : connaître tous ces métiers m’aide aujourd’hui à comprendre les enjeux de chacun. Dans tous les endroits, il faut remettre de l’humain. Si vous allez au théâtre et que vous avez l’impression d’entrer dans une usine, vous n’y retournerez pas. Un théâtre, c’est une maison.
Après tous ces projets, qu’est-ce qui peut encore vous faire rêver ?
Ce n’est pas forcément un artiste ou un projet précis. Ce qui me fait vibrer, c’est le beau. Récemment, j’ai vu Marie-Claude Pietragalla à Sanary pour un hommage à Barbara. J’ai pris une claque. J’ai vu une star, une artiste capable de danser, chanter, jouer et de tout donner. C’est cela que je recherche : des artistes qui mettent leurs tripes sur la table, quel que soit leur univers. Et pour la suite ? Je suis ouvert à tous les défis. Si on tape à ma porte, j’y vais à condition que ce soit un challenge.
crédit photos Ange N'Guessan
Propos Conrad Eberhaerd