Salaire ou dividendes ? Protection sociale ou optimisation fiscale ? Dans un contexte économique sous tension, l’expert-comptable Bruno Dartiguenave décrypte les nouveaux choix stratégiques des dirigeants de TPE et PME. Entre anticipation, patrimoine et équilibre financier, il plaide pour une approche globale de la rémunération du chef d’entreprise.
Bruno Dartiguenave © Conrad Eberhaerd
En 2026, vaut-il mieux privilégier le salaire ou les dividendes quand on est dirigeant de TPE/PME ?
Le sujet de l’arbitrage entre rémunération et dividendes ne date pas de 2026 : c’est un grand classique qui mobilise quotidiennement les experts-comptables et les conseils en gestion d’entreprise.
La première erreur consiste souvent à choisir une structure juridique principalement pour des raisons fiscales ou sociales, au détriment des enjeux juridiques et patrimoniaux. Certains entrepreneurs privilégient par exemple la SAS plutôt que la SARL (ou inversement) uniquement en fonction du coût des charges sociales ou de la fiscalité applicable à leur rémunération. À mon sens, c’est une approche réductrice : les considérations juridiques, patrimoniales et de protection du dirigeant devraient toujours primer.
L’idéal serait d’ailleurs qu’à terme, quel que soit le statut juridique de la société, le dirigeant puisse librement choisir entre le régime général et le régime des travailleurs non-salariés (TNS).
Aujourd’hui, le statut de travailleur non salarié (par exemple pour un gérant majoritaire de SARL) reste souvent moins coûteux en matière de charges sociales que le régime général. En revanche, il offre généralement une protection retraite moins favorable. Beaucoup de dirigeants y sont relativement peu sensibles, notamment les plus jeunes générations, qui préfèrent consacrer leurs ressources à la constitution d’un patrimoine générateur de revenus plutôt qu’à des cotisations sociales élevées. À l’inverse, les dirigeants plus proches de la retraite cherchent souvent à optimiser leurs droits durant les dix dernières années de leur activité.
Beaucoup de chefs d’entreprise cherchent à payer moins de charges : quelles sont les erreurs les plus fréquentes que vous observez ?
Il ne s’agit pas forcément “d’erreurs”. Dans un pays où le niveau de prélèvements sociaux est particulièrement élevé, il est compréhensible qu’un dirigeant cherche à optimiser sa rémunération.
En revanche, ce qui est parfois sous-estimé, ce sont les conséquences à long terme, notamment sur les droits à la retraite et la protection sociale. Mon conseil de base reste donc de cotiser au minimum nécessaire pour valider ses trimestres de retraite et conserver une couverture sociale cohérente.
L’objectif n’est pas de supprimer totalement les charges sociales, mais de trouver un équilibre intelligent entre rémunération immédiate, protection personnelle et stratégie patrimoniale.
Peut-on optimiser sa rémunération sans sacrifier sa protection sociale et sa retraite ?
Oui, à condition d’anticiper et de structurer sa stratégie dans le temps.
Il existe plusieurs dispositifs permettant d’améliorer la retraite du dirigeant tout en bénéficiant d’avantages fiscaux intéressants. On peut notamment citer les contrats Madelin pour les travailleurs non-salariés ou encore les dispositifs d’épargne retraite type PER individuel ou PER d’entreprise.
Ces solutions permettent de compléter une protection sociale parfois insuffisante tout en construisant progressivement un patrimoine retraite dans un cadre fiscal avantageux.
À partir de quel niveau de revenus devient-il pertinent de revoir sa stratégie de rémunération ?
La réflexion devient particulièrement pertinente lorsque l’entreprise commence à générer une trésorerie importante.
Dans ce type de situation, le choix de la SAS peut devenir plus avantageux, notamment parce qu’il permet de privilégier une rémunération sous forme de dividendes soumis à la flat tax plutôt qu’aux cotisations sociales classiques. En pratique, beaucoup de dirigeants conservent une rémunération minimale afin de sécuriser leurs droits à la retraite, puis complètent leurs revenus par des distributions de dividendes.
Pour des montants de distribution élevés, la SAS est aujourd’hui souvent plus avantageuse que la SARL. Cette dernière a perdu une partie de son attractivité depuis que certains dividendes des gérants majoritaires sont réintégrés dans l’assiette des cotisations sociales.
Quels conseils donneriez-vous aujourd’hui à un entrepreneur varois qui veut sécuriser à la fois son entreprise et son patrimoine personnel ?
Dans le Var, beaucoup de chefs d’entreprise évoluent dans une économie fortement tournée vers le tertiaire, avec parfois une activité très saisonnière. Cette réalité rend les équilibres financiers plus fragiles et peut rapidement mettre les dirigeants sous pression, notamment face au poids des charges sociales.
Le meilleur conseil reste l’anticipation. Chaque entrepreneur devrait disposer d’un budget prévisionnel annuel lui permettant d’anticiper son activité, ses charges et sa trésorerie. Le suivi régulier entre le prévisionnel et le réalisé permet ensuite d’ajuster intelligemment sa rémunération et ses investissements en fonction de la réalité économique de l’entreprise.
La sécurité d’un dirigeant ne repose pas uniquement sur son niveau de revenus, mais surtout sur sa capacité à prévoir, piloter et protéger son patrimoine dans la durée.