Voile dans le Var : entre excellence sportive et défis d’avenir
Boudé, ignoré, le patrimoine maritime varois, depuis ces dernières années, revient sur le devant de la scène. Courses internationales, régates de renom sont aujourd’hui la magnifique vitrine d’un monde de la navigation dont les vertus de simplicité, d’amitié et d’authenticité font mouche. Si l’on ajoute des conditions de navigation exceptionnelles et des spots adulés par les passionnés de glisse, le Var s’impose comme une terre incontournable de la voile en Méditerranée.
Yves Silvestro Président du Comité Départemental de Voile © Conrad Eberhaerd
“Entre compétition et loisir, le Var s'est internationalisé “
Forces du territoire, enjeux de transmission aux jeunes générations et nécessité de préserver un modèle sportif durable face aux défis économiques et environnementaux, Yves Silvestro, le président du Comité Départemental de Voile, dépeint un tableau maritime plein de vigueur mais perfectible.
La façade maritime varoise a-t-elle des atouts à faire valoir ?
Le Var bénéficie toute l'année de conditions climatiques très favorables à la pratique de nos activités, tant en loisir qu'en compétition. Les vents sont plus réguliers que sur les deux autres départements maritimes de notre ligue qui s’étend de Menton à Fos-sur-mer. Ainsi, ces qualités naturelles et l'attrait de notre littoral ont pleinement participé à la réussite d'épreuves de grand renom, comme les Voiles de Saint-Tropez, la Semaine Olympique de voile à Hyères reconnue depuis plus de 20 ans comme l'épreuve majeure après les Jeux Olympiques, la Porquerolles Race, le duc d'Albe... Depuis de nombreuses années les clubs varois organisent des épreuves de niveau international aidés aussi par des spots comme l'Almanarre ou Brutal Beach à Six-Fours réputés pour les sports de glisse et d’extrême glisse.
Le monde de la voile bénéficie d’une certaine dynamique, les conséquences sont-elles visibles au niveau des clubs ?
Malgré une forte fréquentation, nos clubs se sont orientés depuis ces dernières années vers des activités plus saisonnières au détriment des projets de voile sportive à l'année. C’est une question d'équilibre financier mais cela participe à la baisse sensible de nos licences sportives, notamment chez les jeunes. Après avoir été formés dans notre département, la plupart d’entre eux part sur les structures de haut niveau à Marseille ou dans les Alpes Maritimes. Ces deux départements offrent plus de possibilités pour concilier sport et études.
Quelles actions le comité peut-il mettre en place pour répondre au problème ?
Dernièrement, durant la Semaine Olympique de Voile, nous avons organisé, conjointement avec la ligue, des activités de découverte sur des supports adaptés. 330 enfants ont pu découvrir la voile en parallèle de la compétition. Sur la promotion afin de susciter des vocations, nous savons faire. Mais il faut mener une réflexion pour éviter l’exode de nos jeunes et apporter des solutions aux clubs, pour leur permettre de trouver l'équilibre financier. C'est un enjeu pour l'avenir.
Environnement, préservation du littoral, les acteurs du nautisme ont-ils un rôle à jouer ?
Sur ces sujets la Fédération Française de voile effectue un travail de fond sur le plan national, relayé par les ligues, les comités départementaux et les clubs. Dans les formations de moniteurs de voile, de stagiaires et de jeunes compétiteurs, nous incluons le respect de l’environnement marin. Une charte de comportement a été mise en place pour les coureurs, et organisateurs durant les compétitions. Et nous sensibilisons sur les économies d'eau, notamment pour les rinçages de bateaux.
“La Porquerolle’s Classic : élégante, chaleureuse et profondément humaine”
Fondé en 1986 par Sébastien Le Ber et une bande d’amis passionnés de voile et profondément attachés à l’île, le Yacht Club de Porquerolles s’est imposé au fil des années comme un acteur incontournable de la voile en Méditerranée. Et pour fêter ses 40 ans, le yacht-club ne déroge pas à sa philosophie : simplicité, convivialité, amitié et hommage au patrimoine maritime, sous l’impulsion de Aurélie Lhuillier, directrice du yacht club.
Photo de groupe : Sébastien Le Ber, président, Aurélie Lhuillier, directrice et Georges Keller, vice-président.
Aurélie Lhuillier, cette saison anniversaire est particulièrement ambitieuse ?
Après 40 ans d’expérience, nous avons l’immense satisfaction de voir que nos rendez-vous sont devenus des événements incontournables, chacun portant une identité forte et complémentaire. La Porquerolle’s Cup incarne l’esprit de famille, la convivialité et le plaisir de naviguer ensemble. La Porquerolle’s Race représente la modernité, la performance et l’exigence sportive. Et à travers la Porquerolle’s Classic qui se tiendra du 4 au 7 juin, nous célébrons l’histoire, la culture maritime et le patrimoine dans ce qu’il a de plus noble et de plus esthétique. Mais à travers ces trois événements très différents, le Yacht Club de Porquerolles décline pourtant une seule et même identité : celle de l’amitié, de la passion de la mer, de la volonté constante de progresser et du désir de recevoir avec simplicité, générosité et authenticité.
Justement, comment expliquez-vous le succès de la Porquerolle’s Classic qui va accueillir plus de 60 yachts ?
Son succès repose avant tout sur une alchimie entre le lieu, les bateaux et l’esprit de la manifestation. Accueillir des voiliers classiques dans un tel décor donne une dimension presque hors du temps. Mais au-delà de la beauté des bateaux et du cadre exceptionnel, ce qui fait la différence, c’est l’atmosphère. La Porquerolle’s Classic a toujours conservé un esprit élégant, chaleureux et profondément humain. La passion du patrimoine maritime, de la navigation et de la transmission se mêlent à la convivialité, au partage et au plaisir d’être ensemble. Beaucoup reviennent parce qu’au-delà de la compétition, ils vont vivre un moment rare, authentique et sincère, fidèle à l’identité du Yacht Club de Porquerolles.
Quels sont les moments clés qui ont marqué l’histoire du club ?
D'abord des moments d’exception, à commencer par sa création, née d’une amitié fraternelle entre marins et un lieu : l’île, et son bar emblématique l’Escale. Puis, tout s’est fait naturellement : les amis des amis, le plaisir de partager et de naviguer ensemble. Sur une île, notre seule passerelle avec le monde réel, c’est la mer. Cette relation particulière à la navigation fait partie de notre identité. Mais au-delà des compétitions, notre vision repose sur la transmission, la capacité d’adaptation et la préservation de la rade exceptionnelle des îles d’or. Face aux contraintes climatiques et environnementales, nous devons faire évoluer nos pratiques sans renier notre identité, en restant fidèles à notre esprit tout en intégrant les exigences de demain. Nous voulons ainsi porter notre histoire vers l’avenir dans les meilleures conditions possibles, avec lucidité, continuité et responsabilité.
“Notre club favorise une vraie transmission générationnelle”
On ne présente plus le C.O.Y.C.H. Ce nom à la prononciation bizarre “coïche” n’est pas un inconnu dans le monde de la voile varoise et française. Le Cercle d'Organisation du Yachting de Compétition Hyérois, c’est son nom complet, forme depuis 1982 des régatiers de talent. Tous ont démarré à leur plus jeune âge, baignés dans un club où transmission, esprit d’équipe et compétence sont rigoureusement préservés. Responsable administrative du C.O.Y.C.H mais aussi maman d’une championne du monde, Sophie Barrué en sait quelque chose.
Sophie Barrué, responsable administrative du COYCH © Conrad Eberhaerd
Sophie Barrué, le C.O.Y.C.H forme des sportifs pour les emmener le plus souvent possible au plus haut niveau. Vous êtes une école de voile spéciale, non ?
Chaque été, nous accueillons des enfants, des adolescents et des adultes pour des stages mêlant apprentissage technique, plaisir de naviguer et découverte du célèbre plan d’eau hyérois. Avec des moniteurs diplômés et passionnés, les stagiaires progressent au rythme des sorties en mer et des cours théoriques, dans l’un des plus beaux terrains de jeu nautiques du Var. Mais, pour être honnête, comme toutes les écoles de voile en France, nous suivons les critères de la Fédération française de voile avec des stages à la semaine, des niveaux fédéraux du niveau 1, au niveau 3 et des supports variés comme l’optimist, le catamaran ou la planche à voile.
Des stagiaires autour d_un moniteur du COYCH © Conrad Eberhaerd
“Notre club favorise une vraie transmission générationnelle”
Pourtant le C.O.Y.C.H semble se démarquer des autres écoles françaises ?
Notre identité, c’est notre fonctionnement associatif. Le club repose sur un comité directeur entièrement bénévole qui s’investit énormément pour faire vivre l’association et permettre le développement de la pratique sportive tout au long de l’année. Le public est très varié. Nous accueillons des enfants à partir de 7 ans jusqu’aux adultes, sans réelle limite d’âge tant que la condition physique le permet. À Hyères, nous avons beaucoup de familles qui viennent en vacances ou qui possèdent des attaches ici. Et aujourd’hui, certains parents inscrivent leurs enfants parce qu’eux-mêmes ont appris la voile chez nous il y a 30 ou 40 ans. Il y a une vraie transmission générationnelle !
Comment se déroule une journée type pour les stagiaires ?
Les journées commencent par un temps d’accueil et de préparation. Les stagiaires gèrent eux-mêmes les bateaux, ils montent les voiles, installent le gouvernail et la dérive. Ensuite, les moniteurs présentent la séance avant la sortie sur l’eau. Au retour, les bateaux sont dégréés puis rangés. Vous savez, la voile est avant tout un sport d’équipe. Il faut s’entraider pour mettre les bateaux à l’eau, les préparer ou les remonter. Et surtout, c’est un sport accessible à tous. On ne leur apprend pas seulement à naviguer, mais aussi à connaître leur embarcation et à travailler en équipe. En stage d’été, il n’y a aucune restriction : chacun peut découvrir la navigation et progresser à son rythme.
Le plan d’eau de Hyères est réputé et idéal pour cet apprentissage ?
Oui, clairement. L’été, nous sommes protégés du vent d’ouest, ce qui nous permet d’annuler très rarement des séances. C’est idéal pour l’initiation. Mais Hyères est aussi reconnu pour permettre de se perfectionner grâce à ses conditions de navigation toute l’année. D’ailleurs, de nombreuses équipes étrangères viennent s’y entraîner durant l’hiver.
La voile se porte-t-elle bien dans le Var ?
Oui, parce que le plan d’eau de Hyères reste une référence. Les gens viennent ici aussi bien pour la voile traditionnelle que pour le kite ou la wing. La diversité des pratiques permet à chacun de trouver une activité nautique qui lui correspond.
Quelques chiffres
L’été, le C.O.Y.C.H accueille jusqu’à 40 stagiaires par demi-journée, soit environ 80 par jour. Sur toute la saison estivale, cela représente environ 600 stages pour près de 400 stagiaires différents. Les inscriptions démarrent surtout en mai et juin, car certaines semaines sont complètes, notamment entre la mi-juillet et la mi-août. Le club organise également de nombreuses compétitions nautiques tout
Le Var nautique en chiffres : (La Ligue)
o 63 clubs.
o Près de 7000 licenciés, avec environ 10 000 passeports voile délivrés chaque été
o 3ème fédération de sport en région PACA
o Le Yacht Club de Toulon représente à lui seul, 34 % des licenciés de la Fédération Française de Voile jeunes du département.