Maison d'ici: Artisanes du Var : elles bâtissent leur place

Dans « Maisons d’ici », Var Infos s’intéresse à celles qui construisent, rénovent et transforment nos habitations. Peintres, carreleuses, plombières ou électriciennes : qui sont ces artisanes varoises encore minoritaires sur les chantiers ? Éclairage avec Carine Gonzalez, cheffe d’entreprise et présidente du groupe Femmes du BTP 83.

Qui sont aujourd’hui les femmes du BTP dans le Var ?

Elles restent minoritaires, mais leur présence se développe et, surtout, leurs profils se diversifient. Selon les données de l’Insee, les femmes représentaient, en 2023, 11 % des emplois du secteur de la construction dans le Var, soit plus de 3 600 emplois. Si l’on considère uniquement les salariés, cette proportion atteint 15,3 %.

Pendant longtemps, les femmes étaient principalement présentes dans les fonctions administratives ou travaillaient aux côtés de leur conjoint chef d’entreprise. Aujourd’hui, nous les retrouvons dans des métiers beaucoup plus opérationnels : plomberie, électricité, peinture, carrelage, maçonnerie ou conduite d’engins. Elles prennent également davantage leur place dans la gestion et la direction des entreprises.

Tout l’enjeu du groupe Femmes du BTP 83 consiste à montrer que les femmes peuvent exercer tous les métiers du bâtiment et des travaux publics, y compris ceux que l’on considère encore spontanément comme masculins. Plus nous rendrons ces parcours visibles, plus nous donnerons envie à d’autres femmes de franchir le pas.

Carine Gonzales ©Margot FBTP83

Quels obstacles rencontrent encore celles qui choisissent un métier manuel du bâtiment ?

Le premier reste celui de la représentation. Une jeune fille qui annonce vouloir devenir maçonne, plombière ou électricienne ne reçoit pas toujours les mêmes encouragements que si elle choisit un métier considéré comme plus féminin. Les métiers du BTP leur sont encore trop timidement proposés au moment de l’orientation. Cela peut entraîner une forme d’autocensure avant même qu’elles aient eu l’occasion de découvrir concrètement ces professions.

L’accès à l’apprentissage et à une première expérience sur un chantier peut également être plus difficile. Lorsqu’une jeune femme recherche une entreprise, elle doit parfois convaincre davantage de ses capacités. Pourtant, le manque de candidatures féminines demeure aussi un frein important au recrutement.

Le regard des autres reste particulièrement présent sur le terrain. Une femme peut avoir son diplôme, son expérience et maîtriser parfaitement son métier, tout en devant faire ses preuves un peu plus longtemps auprès des clients, des collègues ou des fournisseurs.

Il existe enfin des obstacles très concrets. Les équipements de protection individuelle, les vêtements de travail, certains outils et même les vestiaires ont longtemps été pensés uniquement pour les hommes. Heureusement, nous constatons de véritables progrès. Une fois qu’une professionnelle a trouvé et pris la place qui lui revient dans l’entreprise, ses compétences finissent par parler d’elles-mêmes.

Certaines de ces artisanes ont-elles réussi à créer leur entreprise et à s’imposer durablement dans le Var ?

Oui, et c’est justement l’une des évolutions les plus intéressantes. Des femmes ne se contentent plus d’intégrer le secteur du bâtiment : elles créent leur entreprise, reprennent une activité existante et prennent pleinement leur place dans les métiers de production.

Leurs parcours sont très différents. Certaines arrivent dans le BTP par la voie familiale, d’autres à la suite d’une reconversion professionnelle. Certaines travaillent aux côtés de leur conjoint, tandis que d’autres se lancent seules dans l’entrepreneuriat. Mais toutes ont un point commun : elles ont dû trouver leur place dans un univers qui, historiquement, ne les attendait pas forcément.

Je pense notamment à Charlène Bochet, à la tête de Lino Décor, une entreprise familiale dirigée depuis trois générations par des femmes. Je pense également à Alexandra Glémarec, qui a repris l’entreprise SR+ et créé Urban Tendances, une marque de mobilier urbain.

Ces femmes ont osé prendre des risques et assumer des responsabilités. Elles ne cherchent pas à être présentées comme des femmes exerçant un métier d’homme. Elles veulent avant tout être reconnues comme des professionnelles, des artisanes et des cheffes d’entreprise à part entière.

Comment rendre ces métiers plus accessibles aux jeunes femmes ?

Il ne suffit pas de leur dire : « Venez travailler dans le BTP. » Nous devons leur faire découvrir concrètement ce que sont devenus ces métiers. Il faut leur montrer les chantiers, les entreprises, les technologies utilisées et les nombreuses possibilités d’évolution. Elles doivent surtout pouvoir rencontrer des femmes qui exercent ces professions au quotidien.

Nous devons également continuer à combattre les idées reçues. Le BTP a beaucoup évolué et ne se résume pas à des métiers physiques. On peut être électricienne, conductrice d’engins, peintre, maçonne, conductrice de travaux ou cheffe d’entreprise et y construire une véritable carrière.

Carine Gonzales ©Jade Grima 

Le groupe Femmes du BTP 83 permet aussi à ses membres de se rencontrer et de partager leurs expériences, leurs difficultés comme leurs réussites. Cette force du collectif est essentielle dans un secteur encore très masculin.

Notre rôle est enfin de continuer à rendre ces professionnelles visibles. Lorsqu’une jeune fille voit une femme exercer un métier, réussir et s’y épanouir, cela peut changer son propre regard et lui permettre de se dire : « Pourquoi pas moi ? »

Propos Conrad Eberhaerd